Microbiote et dépression

« Le ventre, notre deuxième cerveau ». Cet adage commence à faire couler beaucoup d’encre depuis que les chercheurs se penchent sur la vie microbienne qui règne dans notre lumière intestinale. Quand on sait que nos intestins contiennent autant de neurones que le cerveau d’un petit chien, cela donne à réfléchir sur l’importance de cet organe quant à son influence sur nos comportements.

A l’heure où la France est l’un des plus grands consommateurs d’anti-dépresseurs, des chercheurs s’intéressent sur les possibles effets de certaines souches de bactéries de notre microbiote sur notre équilibre mental, notamment dans le cas de la dépression.

Dans cet article, nous verrons où en est la recherche et les liens qui ont pu être établis ou suspectés entre le microbiote et la dépression.

Les mécanismes de la dépression

Les mécanismes de la dépression sont complexes, multifactoriels et interdépendants. Pour simplifier et pour rester dans le thème de notre article, nous nous arrêterons à la définition proposée par l »INSERM qui l’expose ainsi : « la dépression est une maladie qui touche tous les âges, depuis l’enfance jusqu’à tard dans la vie. Ses nombreux symptômes parmi lesquels la tristesse ou la perte de plaisir, sont très handicapants et accroissent le risque suicidaire. La maladie peut être soignée efficacement grâce aux médicaments antidépresseurs et à la psychothérapie »

Les anti-dépresseurs ciblent leur action sur les neurotransmetteurs qui sont des sortes de messagers chimiques qui permettent une bonne communication entre les neurones. Dans le cas d’une dépression, cette communication est fortement altérée. Ainsi, certains de ces traitements visent à recapturer de la sérotonine (entre autre), communément appelée hormone de la bonne humeur.

Les recherchent ont démontré que 90% de cette sérotonine est produite par les intestins car, elle est un dérivé du tryptophane, un acide aminé que l’on retrouve uniquement dans l’alimentation : banane, riz complet, chocolat noir, œufs, légumineuses.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger le rôle du foie qui synthétise également la sérotonine grâce à un processus appelé la méthylation. Si celle-ci est perturbée par un foie engorgé, la dépression a d’autant plus de risque de s’installer.

Intestins et cerveau sont reliés par le nerf vague

La communication entre les neurones intestinaux et ceux du système nerveux central est alors directe, et ce, dans les deux sens. C’est d’ailleurs le nerf vague qui contrôle le pylore, petit clapet empêchant les acides de l’estomac d’entrer dans les intestins sauf pendant le passage du bol alimentaire. Un état de stress chronique peut perturber le bon fonctionnement de cette petite porte, laissant se déverser les acides de l’estomac lessivant ainsi toute la flore microbienne si bénéfique.

La flore est perturbée ce qui entraîne un processus inflammatoire des parois intestinales ainsi qu’une hyper-perméabilité. Les vitamines,  les oligo-éléments et minéraux indispensables pour le métabolisme de différentes fonctions organiques dont la synthèse de la sérotonine ne sont plus assimilés correctement. Une équipe de chercheurs de l’INRA de Bordeaux a mis en évidence que le manque de sérotonine serait dû à une inflammation cérébrale provoquée non seulement par un stress chronique mais aussi par la présence de molécules d’un intestin hyper-perméable.

Dans ce contexte d’hyper-perméabilité intestinale, notons la mauvaise assimilation des Oméga 3, anti-inflammatoires naturels.

L’inflammation des muqueuses intestinales est étroitement liée à l’hyper-perméabilité intestinale et vice versa. C’est le principe du serpent qui se mort la queue.

Une corrélation évidente entre microbiote et santé mentale ?

En février 2019, dans la revue Nature Microbiology, une étude a été publiée dans laquelle une équipe de chercheurs belges ont présenté leurs travaux sur la corrélation entre le microbiote et la santé mentale.

En analysant des échantillons de selles de plus de 1000 volontaires, ils ont pu observer que chez les personnes dépressives, deux familles de bactéries étaient moins nombreuses. Ceci était aussi le cas pour les sujets sous traitement anti-dépresseur. Ces deux familles de bactéries sont les coprococcus et les dialister déjà réputées pour leurs propriétés anti-inflammatoires.

Malgré le fait que cette étude ne démontre pas le lien entre quantité de bactérie et dépression, cela questionne les chercheurs sur les possibles liens entre la présence (ou l’absence) de certaines familles de bactéries dans notre microbiote et le cerveau.

Les psychobiotiques ou l’administration de souches de probiotiques spécifiques et adaptées à telle ou telle type de dépression.

Des souris nourries avec des Lactobacillus rhamnosus ont vu leurs symptômes anxieux et dépressifs diminuer (Institut corps-esprit au Canada).

Les rats anxio-dépressifs ont un taux de GABA extrêmement bas tandis que certaines souches de lactobacilles et bifidobactéries (bactéries intestinales bénéfiques) contenues dans des probiotiques produisent du GABA.

Ces résultats sont encourageants même s’il s’agit de rongeurs et non d’humains car, en effet, le fonctionnement des relations entre les systèmes nerveux et digestif est proche chez les deux espèces.

A l’heure actuelle, de nombreuses études sont en cours pour comprendre la relation entre le microbiote et les états dépressifs. Les résultats obtenus par le biais de recherche sur les rongeurs sont extrêmement encourageants et permettent de revoir les mécanismes internes et physiologiques de la dépression. Pour le moment, il n’est pas encore question d’isoler des souches spécifiques de probiotiques pour améliorer ou prévenir une dépression car celle-ci, comme nous l’avons évoqué, est multifactorielle. Cependant, cette approche globale de la maladie notamment l’importance d’un microbiote de qualité est déjà monnaie courante en naturopathie pour tout un tas de pathologie dont la dépression.